jeudi 13 novembre 2008

Night out in Gongyi

Lors de mon deuxième ou troisième week-end en Chine, alors que j’étais encore en mode « expérimentation », je suis allé faire un tour au nightclub le plus branché de Gongyi (le seul), un sympathique endroit nommé Guo Hui. Dès notre arrivée dans place, le LSS se met en marche, avec la quasi-totalité des gens présents qui nous regardent fixement comme si on était des pieuvres mauves géantes.

L’endroit ressemble somme toute aux bars qu’on trouve par chez nous, excepté que le dance-floor est plein de Chinois. Il y a des petites filles de 6 ans, des filles en pyjama et des gros monsieurs saouls en bédaine, au fond rien pour alarmer quiconque a passé suffisamment de temps en Chine pour se rendre compte que ce pays est définitivement fucké et que pas mal tout y est permis (environ 3 temps de Planck est le temps nécessaire pour arriver à ce constat).

Les quelques autres différences dignes de mention sont le dance-floor mécanisé qui bouge de haut en bas au rythme du boum-boum, les remix chinois louches de tounes techno connues et le nuage de boucane qui me fait tousser et qui transforme mes yeux en... yeux de Chinois (les lois anti-fumée sont pas encore passées ici). Ce qui rend l’expérience assez intéressante, cependant, ce sont les bar girls.



J’avais assez fouairé en Thaïlande pour penser être familier avec le concept de bar girls et savoir comment profiter de ce qu’elles ont à offrir sans me faire crosser. En gros, une bar girl est une employée du bar, la plupart du temps située entre « très jolie » et « Shizam! », dont le rôle est d’attirer des clients, de les faire rester le plus longtemps et si possible revenir. Pour ça, tous les moyens sont bons, et ces créatures dépravées n’ont aucun scrupules à les utiliser.

Dès notre entrée, le LSS (Laowai Superstar Status) se met en marche et les employés nous accueillent avec des « Hallooo! » plein d’enthousiasme. C’est ainsi que on se fait diriger dans une espèce de loge avec vue sur tout et apporter une quantité gigantesque de vodka par des hôtesses qui se gênaient pas d’en prendre shooter après shooter, assises lascivement à nos côtés sur la banquette. En tant que fier abuseur, je profitais de tout ce que je pouvais en payant le moins possible. Mon pote Tony, de son côté, avait une des bar girls après lui comme ça avait aucun sens. Il ne pouvait faire un seul geste sans qu’elle fasse pareil. Sauf durant ses shifts de danse sur les speakers évidemment, après quoi elle revenait en l’espace de trois secondes pour se gaver de vodka et refaire son petit jeu avec Tony. Je trouvais son insistance pas mal drôle.



Comme vous vous en doutez sûrement, la majorité, sinon la quasi-totalité des Chinois ne parle pas anglais. Presque tout le monde connaît quelques mots, la plupart du temps des citations de films ou de chansons et donc du stock complètement inutile, en plus des mots de base qu’un enfant apprend en premier. C’est ainsi qu’après un tour aux toilettes, je me lave les mains avec un grand Chinois au lavabo d’à côté qui me regarde fixement avec un gros sourire béat. Quand Tony se pointe pour lâcher une pisse ensuite, le Chinois me pointe d’un geste tellement brusque que j’en fais le saut. « YOU! YOU! ME! HAAAPPPYY!!! » Je l’ai ri longtemps.

La soirée se déroulait normalement, de façon plutôt monotone comme à chaque fois que je vais dans un bar, ce qui me pousse à me demander à chaque fois quelle genre de pas-de-vie il faut avoir pour aller dans ces endroits à chaque esti de semaine. Après quelques heures et quelques autres événement comiques indignes de mention, je commençais à me demander comment dire « sausage fest » en Chinois, alors il était temps pour nous de partir. Évidemment, Yaya (la bar girl après Tony) nous accompagne jusqu’à la porte et même dehors, et c’est ainsi que le point d’orgue de la soirée survint. Il y a une gang de Chinois dehors, dont un qui semble très très hostile à l’idée qu’un Laowai soit sur le point de quitter les lieux avec une Chinoise (ce qui n’était pas le cas, mais qui semblait l’être). Ce Chinois fâché avait l’air d’avoir 15 ans et était juste cute, comme un petit caniche quand il veut avoir l’air agressif. On s’engouffre dans le taxi en l’ignorant, et alors que le taxi s’éloigne, il nous lâche un « Fackuh You! » qui depuis ce temps est un de nos inside jokes. Je sors ma tête par la fenêtre et rétorque avec une vulgarité chinoise, et à voir la réaction des bouncers, j’ai prononcé correctement.

Le lendemain, sur le campus, je revois Tony. Il a l’air confus et inquiet, je lui demande ce qui se passe. Il me montre ensuite sa boîte de réception sur son cell, il a reçu 23 messages, tous de la même personne. Je vous laisse le soin de deviner qui! Évidemment, elle lui demande d’aller au bar ce soir-là aussi, mais on est rendu dimanche à ce point.

Quatre semaines passent ensuite, et Tony continue de fréquenter cet endroit chaque samedi et de se créer un réseau social composé de filles à la moralité douteuse et aussi de quelques hommes à l’immoralité indubitable. Chaque dimanche matin il me régalait avec deux ou trois de ces histoires, jusqu’à ce que je finisse par retourner faire mon tour.

On hop dans un taxi, et dès qu’on arrive sur les lieux, Yaya lui saute au cou avec un enthousiasme décidément pas fake, ce qui me pousse à me questionner sur son rôle de bar girl. « Hey Tony, elle le sait-tu que t’es marié et que t’as deux kids? » Le pire c’est que oui. Tony m’explique qu’il a toujours été un genre d’aimant à Chinoises, même du temps ou il avait un pad frisé et une barbe.

On se fait installer dans nos banquettes confortables et apporter une copieuse quantité de boissons alcoolisées. En plus de Yaya, collée à Tony comme un chaton frileux, un autre individu s’assoit avec nous. Il a la peau brun pâle, les cheveux longs en queue de cheval, une casquette écrit Fire Department (rien d’autre) et un coat de cuir entrouvert sur une camisole avec un gros 76. Je le trouve pas mal cool. Il parle pas anglais, et de ce qu’il me dit en chinois tout ce que je comprends est « wo lai zi Thaiguo » (je viens de Thaïlande). Je parle pas assez chinois pour être capable de demander qu’est-ce qu’il crisse dans une petite ville inconnue de Chine centrale alors je me contente de boire avec lui en regardant Tony essayer de contrôler l’indubitable énergie sexuelle de Yaya, en brave homme marié qu’il est.

Dans ce bar, il y a des genre de live shows qui arrivent au milieu de la soirée. Il y a d’abord une des bar girls qui fait un strip intégral, debout sur le bar (ce qui est extrêmement cool) suivi d’un show au cours duquel aucune superbe Chinoise ne montre ses tits (ce qui est pas mal moins cool). La première fois que j’y suis allé, c’était un genre de show de comédie avec le DJ et une des bar girls, c’était crissement long et même les Chinois trouvaient pas ça drôle. Cette fois, la direction du bar a mis le paquet, avec un chanteur invité… de Bangkok, Thaïlande. Ah, c’est pour ça qu’il est là! Dès lors, on se met à le désigner sous le nom de TPS (Thai Pop Star).

Puisqu’une image vaut mille mots, un vidéo doit bien en valoir 3-4 millions… même si il est de qualité douteuse. Le vidéo est une gracieuseté de mon buddy Shawn, maintenant de retour au Michigan à manger des tacos.


Il est important de mentionner que sur le deuxième vidéo, son pichet de liquide orange fluo contient quand même le quart d’une bouteille de vodka et qu’il en a bu deux.

On quitte le bar vers 1h30 du matin pour aller manger. Le groupe est constitué de TPS, Tony, Yaya, une autre bar girl et moi. On va au steakhouse, c’était la première fois j’y allais alors j’étais heureux. C’est juste une fois rendu au milieu du restaurant que je constate l’absurde de la situation et que j’éclate d’un des pires fous rires que j’ai eu depuis longtemps; je suis là, sur le point de partager un repas de minuit avec deux bar sluts chinoises et un pop star thaï. Bon, je l’admets, c’est pas si absurde que ça comme situation, mais je connais personne à qui ça arrive régulièrement et de plus j’étais assez avancé. Le steakhouse est vraiment cool, la viande est cuite pas mal différemment de par che nous, elle est pas grillée, mais cuite sur une plaque de fonte. Quand la serveuse te l’amène, le steak est encore tout grésillant et il faut tenir sa serviette de table perpendiculaire à la table pour pas recevoir des gouttes. Je commande rien, mais anyway TPS me donne quelques bouts de son steak et les deux bar girls me donnent le leur quasiment au complet. Après tout, ils ont une taille d’anorexique à conserver si ils veulent garder leur job.

Ce qui me pousse vers mon dernier point; j’avais remarqué que Yaya avait des galles sur un de ses avant-bras. Quand je lui ai demandé (gestuellement) c’est quoi, elle a mimé des brûlures de cigarettes. J’en ai pas fait de cas, après tout, tout le monde connaît un cave au moins qui a joué à « chicken » avec des bouts de cigarettes quand il était saoul. Et comme cette fille-là n’est pas exactement une sommité intellectuelle et que son emploi consiste à danser sur des speakers et boire de la vodka… j’admettais toute possibilité.

C’est juste quelques jours plus tard, en checkant les photos sur mon ordinateur, que j’ai remarqué « bâtard de marde, les autres filles en ont aussi!



Je me suis alors rappelé de comment Yaya s’est faite engueuler par un des bouncers avant de pouvoir aller au steakhouse et de comment elle arrêtait pas de chiâler (au sujet de sa job, selon Tony).

Coudon, ça se peut-tu que ces filles-là se font maltraiter purement et simplement? Calisse d’esti. D’ici à ce que cette question-là soit éclaircie, je remets pus les pieds là.

1 commentaire:

Chloé a dit…

Es-tu vraiment surpris, Félix, que dans un pays comme la Chine, où les droits humains sont si parfaitement respectés, que les bars-girls puissent être maltraitées?!? Quand on sait que dans ce pays, il y a commerce d'enfants et esclavagisme, je ne vois vraiment pas pourquoi, soudainement, tu t'insurges! Désolée pour mon cynisme...