samedi 27 juin 2009

Yushu


Yushu. 玉树. Sympathique outpost à la frontière des provinces de Qinghai, Sichuan et du Tibet.

Peu à y faire, mais beaucoup à y voir, surtout si on vient directement ou presque de la partie est de la Chine. L’architecture y est complètement différente, ainsi que l’organisation urbaine, l’apparence des gens, leur habillement, leur langage, la bouffe, les paysages environnants. Autant dire qu’on est dans un autre pays. Mais c’est ça que je voulais : voir autre chose que la somme toute uniforme Chine ou j’ai passé 9 mois. Toutes ces dizaines d’heures passées dans des trains et bus pour me rendre ici en ont donc valu la peine.

La ride de bus Xining-Yushu est en fait plutôt digne de mention et comporte un événement qui me marquera toute ma vie : le 25 juin, à 19h49 exactement, l’autobus s’arrête, question de laisser passer un troupeau de yaks en liberté qui bloque la route. DES YAKS!!! Et tout le long du cahoteux trajet, dans les absolument superbes collines vertes à perte de vue, se promenaient des milliers et milliers de yaks, animal majestueux s’il en est un. Animal délicieux aussi, oh que oui!

Un passage de mon journal mental que j’ai hésité de publier afin de pas avoir l’air encore une fois d’un négativiste, mais j’ai un souci d’intégrité, alors voilà : j’ai commencé mon séjour sur le plateau tibétain avec une plutôt mauvaise impression des gens qui y habitent. Après avoir trouvé un hôtel (avec l’aide d’une Tibétaine qui parle angla et de son papa qui a un SUV, faut que je le mentionne), affamé, je vais manger un délicieux bol de yak bouilli dans un petit restaurant tenu par une tite-madame Tibétaine bien souriante. Hé bien, pendant que je cherchais aucune autre interaction que celle des chunks de viande et de ma yeule, nombre de quêteux entrent dans le minuscule restaurant et font le tour des 3-4 clients en agitant une petite liasse de billets. Certains sont même des petits enfants, envoyés par leur mère qui attend dehors comme la grosse tapette molassonne qu’elle est. Oui, esti, je les aime pas les quêteux, personne les aime d’ailleurs. Personne ne va jamais dire, sans être un sale hypocrite bien sûr, « Ah, les quêteux, comme ils collaborent de façon exemplaire au paysage urbain! » ou alors « Ah, quand un individu putride et hirsute m’accoste en bloquant mon chemin, tendant sa main sale et disant gneeeeeuuuuh gneeeeeeuuuh, ça FAIT MA JOURNÉE! ». Au mieux, l’être humain normal moyen va les prendre en pitié et les condescender, ce qui est pas guère mieux.

Un de ces quêteux que j’ai vu le lendemain était bin assis sur le rebord du trottoir, près du pont, avec des écouteurs plantés dans ses oreilles. On se contera pas de niaiseries là! Ça me rendait perplexe aussi, je veux dire, on pourrait s’attendre à un tel non-sens dans une région de tourisses, mais il y en a environ un seul dans toute la ville. Les merdeux quêtent aux locaux, qui sont pas bin bin plus riches. J’entends déjà les sales hippies dire « Ah, mais ces pauvres Tibétains, avec leur culture qui se fait violer dans l’anus par ces sauvages et sanguinaires Chinois, ils n’ont pas d’autre moyen de subsistance! Je leur donnerais de l’argent, moi, si seulement j’avais la paire dans l’scrotum de voyager jusque là au lieu de fumer du pot devant le Cégep du Vieux-Montréal à journée longue. » Non. Fuck off. Les paysans de la province de Henan, d’ou je viens, sont parmi les plus pauvres de Chine, mais ils se pitcheraient dans la rivière Jaune plutôt que de pas arrondir le prix de ton sac de concombres à l’unité inférieure. Ils ont ce qu’on appelle de la dignité faut croire. Et quant aux quêteux à l’est de la Chine, ce sont ceux que la vie a vraiment vraiment amoché, pas juste au niveau de la paresse, mais ceux qui ont juste une jambe, qui sont grievement brulés, ou de quoi du genre. J’entends encore des voix (je dois être paranoïaque, entendre des hippies partout) « Ah, faut croire que Mao a fait un bon travail d’extermination ». Je prends même pas le temps de répondre à ça.

Passage négatif over; je tiens à être intègre et ce passage a occupé mon esprit durant un certain temps. Question de faire une marche de digestion, et aussi pour trouver de quoi à faire, je marche jusqu’à la montagne, ou colline, ou whatever, près de là. Je marche en fulminant contre les maudits quêteux, tout en appréciant l’extrême beauté du paysage. Soudainement, une petite voix de l’autre bord du ruisseau s’élève et m’invite, en anglais, à me joindre à sa famille pour un pic-nic. J’ai déjà mangé, mais pourquoi pas… Je m’assois donc avec cette petite fille Tibétaine, son pops, sa moman, son oncle et son ti-frère, à manger des cubes de viande de yak et autres fraîches denrées, au pied du monastère. Elle parle très très bien anglais, genre d’un niveau semblable aux meilleurs de mes anciens étudiants, ce qui est d’autant plus frappant que de un, elle est au seulement au middle school et que de deux, les autres membres de sa famille parlent même pas chinois. C’est d’ailleurs elle qui m’a appris la mort de Michael Jackson, les bras m’en sont tombés, pas que je sois un si grand fan de cet excentrique pédophile, mais juste le fait qu’une adolescente vivant dans un endroit éloigné sur le plateau tibétain ne s’en calisse pas montre à quel point le Jackson était un Nom de la musique avec un gros N.

Après les avoir cordialement remerciés, pour le repas et aussi, intérieurement, pour m’avoir remonté le moral, je me dirige vers la montagne qui est décidément plus à pic que ce dont elle a l’air de loin. Plus haute aussi. Je grimpe, je grimpe, je dépasse des rangées de petits drapeaux de prière et rendu au sommet, je m’assois, contemplant la ville qui s’étend à mes pieds, ainsi que l’horizon. Je suis en paix. En paix, j’ai dit.

mardi 23 juin 2009

Felixxx a Yinchuan "ou?" - Yinchuan!

Ces derniers jours, j'étais plutot occupé, a cause des examens finaux, de mon départ imminent et des responsabilités que ca incombe. Certains adieux ont été quelque peu déchirants (j'avais pas pleuré depuis longtemps), mais bon, meme si c'est le mode de vie que j'ai choisi, c'est dur de s'y faire.

J'avais mes plans de voyage bin enlignés cependant; et la chus sua track bin comme faut. Vendredi soir, j'eus (ou je pris) l'honneur d'etre le premier prof de Chenggong College a sacrer son camp, et a 18h48 j'étais en route vers l'ouest. Ma destination finale était Yinchuan, dans la lointaine province de Ningxia, mais puisque y avait pas de train direct, j'avais une escale de 4 heures a XiAn, un gros hit touristique célebre entre autres pour les Guerriers en terre cuite. Pour une raison quelconque, la ville m'intéressait pas plus qu'il faut, et avec 3 semaines a mon visa, j'ai décidé de pas m'y attarder.

Je pensais naivement, cependant, que les 4 heures que j'y passerais (de minuit a 4 heures du matin) serait agréables, et que je pourrais me balader de nuit sur les célebres murs d'enceinte de la vieille cité. Guess again, l'acces est fermé pour la nuit, et les travailleurs de la gare me disent que la pagode située pas trop loin (que j'avais déja vue en photo, et qui semblait pas mal impressionante) est "meiyou deng", pus éclairée a cette heure tardive. J'ai donc pris une tite marche dans les rues, mais y a absolument fuckall a faire autre que se faire harceler par les vautours qui manquent pas dans ce trou a tourisses, meme a 2 heures du matin.

J'avais pas de siege assigné pour la ride de 16 heures qui s'ensuit; mais comme d'habitude, je m'en suis trouvé un pareil. Les longues rides sur des sieges durs comme du bois me font pus peur depis longtemps, surtout quand j'ai des grosses cannes de biere allemande comme celles que ma collegue Rose m'a donné. Le train progresse lentement mais surement dans le nord de la province de Shaanxi, puis dans ce morceau de casse-tete dépareillé qu'est le Ningxia. A ce point, le paysage est rendu intéressant a souhait, borderline désertique.

Mon train était du pour arriver a 20h08, et fut drette a l'heure. J'étais appréhensif un peu, car je pensais qu'il ferait noir, ou sombre, a ce point-la, et que ce serait plus dur un peu de trouver un hotel. Bon, premierement, on était le solstice d'été, et deuxiemement, un petit détail croustillant que j'avais oublié: dans les pays normaux, il y a des fuseaux horaires, mais en Chine, neunon. Dans le 3e pays le plus vaste au monde, tout est a la meme heure, logiquement celle de la cote est. Yinchuan étant située grossierement a mi-chemin entre Beijing et le Kazakhstan, elle devrait logiquement avoir 1 ou 2 heures de décalage horaire, mais non! La noirceur tombe donc pas avant 21h30 environ. Pratique.

Mon voisin dans le train, un Miao (une des minorités ethniques de Chine, aussi trouvés dans les montagnes du Vietnam et du Laos) originaire de la province de Hunan, m'aide a trouver un hotel pas cher a proximité. 30 kuai la nuit, faut pas s'attendre a du luxe, mais le luxe c'est pour les teupettes. Une grosse assiette de nouilles plus tard, chus dans mon litte.

Bien reposé, je me tape un petit jogging qui me mene dans un des parcs de la ville, avant de déjeuner. Ma premiere destination était 西夏王陵, et les informations pour y aller furent ramassées sur des sites internet pas toujours détaillés. Je trouve finalement ou prendre le maudit bus numéro 17, et un peu plus tard, chus rendu completement en dehors de la ville. La vue de la chaine de montagnes Helan shan me coupe le souffle.

Parenthese historique: entre genre 1000 et 1200, avant qu'il se fasse éfouairer par les Mongols, puis les Chinois, il y avait un royaume appelé le Xia occidental, a l'endroit ou je suis présentement. J'ai appris plein de choses a son sujet en visitant le musée (bin du moins les bouts avec des illustrations) et ensuite chus allé me balader dehors. Dans le gros champ aride pres des montagnes, il y a 9 mausolées bien cool en forme de pyramides carrées de 10 metres de haut et qui servent de tombeaux aux rois de cette dynastie. Ils sont tout éparpillés, avec environ 200 plus petites pyramides pour leurs ministres et généraux. Passés les quelques premieres, il y a pus personne la, et je continue a marcher au loin. Je marche, je marche, je grimpe quelques collines, et en redescendant, woups, une cloture de barbelés, des tentes modulaires vertes, et pleins de canons stationnés. Peut-etre que chus pas supposé etre la... je longe donc les barbelés jusqu'a ce que j'arrive a la route.

Je grab un taxi, question de couvrir les quelques kilometres jusqu'au terminus du bus 17. Good, le bus arrive, et fait le rond-point. Il m'a vu. Je marche vers lui, et il se met en marche... avant de me dépasser! Je cours en faisant signe au chauffeur, qui me pointe l'arret devant lui, incidemment a 1 kilometre a l'horizon en cette route de campagne. L'esti de rat. Je lache un cri de mort. Soudain, le taxi dont je viens de sortir se pointe, et la conductrice me pointe la porte du passager. Je saute dedans, et elle clanche jusqu'a l'autobus avant de lui faire une queue de poisson, le forcant a s'arreter brusquement. Pour rajouter a l'effet, je reach par dessus son avant-bras et je lache un coup de klaxon d'un bon 8 secondes. Tsé, mon mécontentement s'exprimera pas tout seul... Je remercie cordialement la chauffeuse de taxi (en chinois), et j'envoie chier tout aussi cordialement le chauffeur d'autobus by-the-book moé l'sac du calisse (en québécois).

Le reste de ma journée hébin... j'ai mangé des nouilles, bu de la biere, pogné des sales coups de soleil, marché en masse, visité un zoo pour la somme modique de 15 yuan (y avaient des singes!!!) et... c'est ca.

Le lendemain, j'avais en tete (dure) d'aller visiter la Grande Muraille. Hé oui, meme a des milliers de kilometres dans les terres, le Mur continue, et passe a quelques dizaines de kilometres d'ici. L'infrastructure touristique est pas super dveloppée dans cette province peu visitée, surtout pas pour les laowai... avec mes bribes de chinois, je comprends que faut j'aille a la station de bus de l'ouest et de la, que je demande d'aller a 三关口 (Sanguankou). Mission accomplie, meme si j'ai affronté nombre de faces de "stu vas faire la?!" quand je disais ma destination. Euh... aller visiter le Great Wall peut-etre? L'attraction touristique numéro un de Chine? Alloooo?

Le bus voyageur roule, roule, passe les mausolées que j'ai visités la veille, avant de pogner une autoroute qui longe les montagnes. Tout a coup, on me fait signe, "Hey, Sanguankou, c'est la". Je sors du bus, et je comprends soudainement toutes ces faces en point d'interrogation. Je suis vraiment dans le milieu du nowhere, comme on dit en bon Outaouayen. Il y a des montagnes a ma droite, un champ aride a ma gauche, et quelques ouvriers et un bulldozer au loin devant. MAIS MAIS MAIS, dans ce champ aride sus-mentionné, un petit mur en terre, de 4 metres de haut, qui serpente a l'infini. Le Mur est en sérieux état de décomposition par bouts, et semble plutot etre le Great Pile Of Dust Of China. Pas surprenant qu'il y ait si peu de tourisme...

Mais j'aime ca de meme.

Sérieux... pas de prix a payer, pas de foule, juste l'authentique Mur tel qu'il a été construit il y a des centaines d'années, et dans un paysage magnifique. Je trouve une place ou grimper dessus, pas facile, et je tombe 2-3 fois a mi-escalade, tsé, apres tout c'est un mur qui a été construit pour arreter des troupes de vaillants Mongols. J'ai dans mon satchel une bouteille de vin rouge (de marque Great Wall, bien sur) que je sirote en savourant la tranquillité de cet instant. J'en ai aussi profité pour faire le bilan de ces derniers mois et de ma vie en général... plutot positif!


Je retourne vers la route, grimpe une montagne plutot élevée, avant de la redescendre laborieusement. De retour a la route apres... une longue marche, je sors mon pouce, et le deuxieme char s'arrete a la vue de ce Blanc étrange et saoul, pas de chandail et les shorts pleines de terre. C'est la 3e fois je fais du pouce en Chine, hey, je vais commencer a considérer ce moyen de transport comme viable!

La je dois bin taper depuis 6 heures de temps, et bien que l'internet soit quasiment gratuit, je commence a etre tanné et affamé un peu moi-la... Je vais me trouver de quoi a faire d'ici mon train a 21h50.

A suivre! Bonne St-Jean a tous!

jeudi 18 juin 2009

Tu sais que t'as la piqure du voyage quand...

1- Tu penses absolument juste a ca et tu te calisses absolument de tout le reste. Surtout ce qui importe, comme le travail, l'alimentation 3 fois par jour, l'hygiene personnelle et du milieu vital.
2- Tu passes le plus clair de ton temps a chercher de l'information de voyage sur internet.
3- Tu parles de destinations de voyage qui suscitent au mieux des haussements d'épaules et au pire des "stu vas crisser la-bas?". Tu y penses jour et nuit en souriant béatement pareil.
4- La perspective de passer 20 heures sur un siege dur dans un train chinois t'émeut moins que celle de passer 2 heures a écouter des exposés oraux plates d'étudiants.
5- Tu es pret a annihiler absolument quiconque se mettrait entre tes plans de voyage et toi (hear that, Chenggong College Foreign Language Department?)
6- Il y a une Chinoise nue dans ton lit; tu es assis a ses cotés, en boxers, en train de feuilleter fébrilement un Lonely Planet.
7- Tes chums au mieux, commencent a etre tannés d'entendre parler de plans de voyage, au pire, pensent que t'es cinglé. Quant aux humains qui sont pas tes chums, se référer au point numéro 1.

lundi 8 juin 2009

耶稣, ou es-tu?

Dans le dernier message, j'affirme que y a pas d'église a Gongyi; faut croire que j'ai sous-estimé la présence chrétienne ici.

Samedi soir, apres avoir soupé, Lili et moi avons pris une marche, d'abord dans un boisé de lilas, et ensuite au travers de champs de blé avant de rejoindre les petites rues étroites des quartiers de Gongyi downtown. On tourne un coin de rue, et PAF, drette devant nous, une grosse croix rouge illuminée. Je demande a Lili si elle connait cet endroit, et elle me dit "it's a place for people who like 耶稣... but I know you don't like 耶稣". A m'connait bin! En effet, chus pas un tres grand fan de Yesu, comme ils l'appellent. Je suis quand meme tres curieux, et on se dirige vers le portail. Un monsieur un peu surpris mais tres tres enthousiaste (il devait penser que je suis un sale missionnaire ou de quoi du genre) nous invite a entrer. La cour intérieure est plutot jolie, quoiqu'en rénovation. Il y a un building a deux étages d'ou on entend des gens qui chantent des cantiques en chinois, et de l'autre bord, une petite église avec les bancs en bois, le calisse, le tabarnak, toute le kit. Manque juste le clocher. Il y a aussi des grosses plaques avec des citations de la Bible, en chinois bien sur. J'ai réussi a en déchiffrer une, celle de la création du monde.

Lili m'apprend par la suite que c'est pas la seule église de Gongyi, en fait y en a plusieurs. Et meme dans son petit village, il y en a deux. Pardon?! Je suis surpris un peu, je croyais que la Chine était un pays completement athée. J'ai appris par la suite que l'athéisme d'Etat signifie pas l'interdiction de pratiquer une religion: uniquement l'amener dans le domaine public. C'est ainsi qu'on voit d'innombrables temples protégés par l'Etat, des Musulmans avec leur ti-chapeau, des Chinois juifs (oui, oui, y a des Chinois juifs a Kaifeng... suprprenant hein?), des Chrétiens, et les minorités ethniques dont la culture et la religion sont également protégées par l'Etat; la différence est que la religion est d'ordre personnel et que l'éducation, les médias, la politique et les affaires publiques sont irréligieuses. Je sais bien que c'est un restant de dictature communiste sauvage, mais honnetement, j'aime bien ce systeme tel qu'il est appliqué actuellement.

samedi 6 juin 2009

Dragon Boat week-end

Une histoire qui date un peu, mais enfin elle est la.

Le week-end dernier était plutot long: jeudi et vendredi de congé, du au Dragon Boat festival. J'ai aucune idée de ce que c'est, et les seules informations que j'ai pu obtenir de la part de mes Chinois est que c'est une fete ou les gens se rassemblent, boivent, et mangent des dumplings. Ca décrit pas mal tous les congés chinois a mon avis, mais bon, deux jours de congé de plus, je me questionnerai pas trop!

Cette semaine-la, chacun de mes étudiants et quelques autres individus random ont participé a un vote, l'enjeu: Est-ce que Félix devrait se faire couper les cheveux? Apres dépouillement, mercredi apres-midi, 133 pour, 63 contre et 8 indécis. Le scrutin a parlé, c'est ca qui est ca quand on vit dans un pays démocra... euh... oubliez cette derniere.

Le soir d'avant, Han Wen Ju, l'individu qui a fait mes tattoos, m'a invité a se joindre a lui et ses chums mercredi soir, question d'aller boire et manger. Puisqu'il est coiffeur en plus d'etre tattoo artist, l'occasion est trop belle! Aussi... parenthese, ces temps-ci, je fais beaucoup de sport, je mange plutot bien, et bien que je boive une biere par jour en moyenne, je m'étais pas saoulé la face "comme dans l'temps" depuis le mois de janvier. Il commencait a etre temps. J'avais donc prévu le coup, et je suis arrivé a son salon de coiffure avec un sac plein de cannes de Harbin et une petite bouteille de Jinjiu (un genre de whisky rougeatre, 35% alcool). On boit, on dit des niaiseries (HEY j'ai un répertoire assez grand de niaiseries en chinois, vous saurez). Ensuite je prends place sur la chaise... Quand je vois les premieres meches de touffe brune rouler sur mon tablier avant de s'effouairer a terre, j'en ai le coeur brisé... Repose en paix, mon cher afro. Vaut pas la peine de poster une photo de ma nouvelle apparence... j'ai la meme maudite tete que j'ai eu durant les 12 dernieres années.

3 bieres et 60 mL de jinjiu plus tard, je ride un buzz sympathique en chemin vers le restaurant. On est quatre, Han Wen Ju (45 ans), moi, et deux autres chinois de mon age. HWJ amene une bouteille d'un demi-litre de jinjiu, 干杯, 干杯 (cheers!), woufff, fait un boutte j'ai pas bu de fort, calme-toi le gros!

Le lendemain, 7h30, l'alarme de mon cellulaire sonne. Ah c'est vrai, faut que je rejoigne Marcus. J'ai mal aux cheveux un peu, mais j'ai déja vu/vécu pire. C'est le fait que je me rappelle de rien qui m'embete.

Attends... OK ouin, apres le restaurant, on est allé au Guohui nightclub. Je me rappelle le chemin pour y aller, mon passager arretait pas de dire "tai kuai le! tai kuai le!" (trop vite), et chus passé tout droit malgré le fait que Guohui est un building avec des éclairages néons de trois étages de haut et que j'y suis déja allé au moins une dizaine de fois et que chus donc supposé etre familier.

Je me rappelle aussi un peu avoir dansé comme un mongol et aimé ca. Mais ce sont des bribes.

Ah tiens, j'ai un message non-lu sur mon cellulaire:

TONY:
Just got your message its a little late to go out since they will close in about an hour but where are you

Ah bon... hmm... j'ai donc écrit un message a mon collegue Tony lui demandant si il voulait me rejoindre, mais j'ai pas spécifié ou?! Checkons my outbox:

FELIX:
yo mamm im in hunhui fuckinh d runk you comhng ma?

Wow. Mon premier drunk text message ever!!! Je jubile un peu, avant de me poser la question existentielle: comment chus revenu chez nous?

Je regarde par la fenetre, ma moto est la. Question réglée un peu... Mais j'ignore quand meme les détails, j'appellerais bien les gens avec qui j'étais mais ils parlent juste chinois. Ca va pas bin... J'aime pas vraiment l'idée qu'une version alternative de moi-meme, completement paquetée, se promene en moto pas de casque la nuit sur des routes pleines de Chinois. Je me mords sincerement d'avoir été aussi irresponsable et je vais éviter ca a tout prix a l'avenir.

Mais bon, je suis en forme (outre un ti-mal de tete), j'ai tout mon argent et les autres possessions que j'avais amené la veille (caméra...), et la faut j'y aille, pas le temps de me morfondre. Je sacre une paire de boxers et de bas de rechange, ma brosse a dents, et une bouteille d'eau dans mon sac, et je vais rejoindre Marcus.

Marcus (de son vrai nom 牛蒙) est mon maitre de tai chi, qui m'enseigne quatre fois semaine aux tites heures du matin. C'est aussi devenu un de mes bons chums, et il m'a invité a aller visiter sa ville natale, 温县 Wenxian, juste de l'autre bord de la Riviere Jaune. J'ai accepté avec joie.

Apres qu'il m'ait félicité pour mes nouveaux cheveux, on se dirige vers la station de bus longue distance, on rejoint un de ses chums, puis on prend le premier bus pour Wenxian. On est rendu en a peine une heure. Premiere chose, j'ai faim, faque on arrete au premier shack a 热干面 qu'on voit.

Wenxian est une ville chinoise de petite taille comme toutes les villes du genre que j'ai vu. C'est fou comment marcher dans ses rues créait le meme exact feeling que quand je suis allé chez Reecy en novembre ou chez Davey en janvier. Les rues sont larges, propres, et y a les memes magasins exactement ou presque partout. La différence est que Wenxian étant le lieu de naissance du tai chi, il y a plein de tai ji tu partout (vous savez, le cercle avec le yin et le yang qui font un 69). On prend un bus qui se promene dans de jolies routes entourées de champs de blé, avant d'arriver a Chenjiagou, l'endroit ou tous les temples/écoles de tai chi sont concentrées. Le "master" de Marcus vit pas loin, on va le visiter chez lui... je suis décu un peu je m'attendais a voir un moine de 90 ans avec une barbe de 3 pieds de long et qui vit au sommet d'une montagne, mais c'est juste un dude de 19 ans qui a rien de particulier a part le fait qu'il est bati comme un cheval. Quelques-uns de ses chums de son école de combat sont la aussi, ils ont l'air plutot badass. Ca fait différent des maigrichons qu'on voit partout.

Apres avoir diné, on va visiter une couple de temples environnants et des écoles de tai chi. La plupart d'entre elles ont des éleves qui viennent de d'autres pays, mais le seul que j'ai vu est un Allemand nommé Alex, avec qui j'ai jasé un bon bout de temps. Il a l'air de bien aimer l'expérience, et de ce que j'ai compris, c'est plutot semblables aux écoles de muay thai en Thailande, le training est a ton propre rhythme, et l'attention que tu recois des instructeurs est proportionnelle a la dédication que tu y mets.

Le soir, on retourne chez Marcus, le papa et le fiston écoutent le basketball a CCTV5 (le RDS chinois) pendant que la maman et la grande soeur font a manger, avec mon aide maladroite. Les Chinois marchent encore de cette facon plutot patriarcale et vieux-jeu... parfois, meme, les femmes mangent a une table séparée. Je me gene pas de challenger mes amis chinois a ce sujet. Plus souvent qu'autrement, la réponse a ma question "Why?" est l'expression chinglish "No why". Un jour, mes amis, un jour vous allez entrer dans le 21e siecle.

Faut reconnaitre les talents culinaires de Madame 牛, cependant, car le repas est comme d'habitude sublime. Jiaozi (dumplings) trempés dans le vinaigre noir, racines de lotus, ailes de poulet (juste le bout pointu), concombres dans une sauce sésame, aubergines panées, wow, je vais m'ennuyer de ce pays et de sa bouffe. Je me sens plutot honoré a chaque fois que je mange avec la famille de mes Chinois. On dira ce qu'on veut a leur sujet, ils sont hospitaliers en mautadit!

Une chose plutot étrange a propos de sa famille est qu'ils sont chrétiens (Marcus croit pas par contre). Il y a des posters avec des croix et le caractere 爱 (amour) un peu partout chez eux... J'ai rencontré quand meme une couple de Chinois chrétiens avant, mais ca fait quand meme bizarre a chaque fois. Il y a meme une église a Wenxian, et sa soeur y travaille. Gongyi, qui est deux fois plus gros, n'n'a pas.

Le lendemain, on s'est levé tot et on est allé dans un village environnant visiter le "super master" de Marcus, celui qui lui a enseigné la routine que j'étudie présentement. J'étais plutot fébrile, mais le pauvre bonhomme est plutot agé, marche avec une béquille alors il peut pas vraiment m'aider et corriger mes moves autrement qu'en parlant en dialecte Henan avec Marcus qui traduit. Pas facile, et pas trop le fun non plus. Apres une marche dans les champs de blé, on partage encore un gargantuesque diner. Chaque jour est un festin, man, j'adore ce pays.

Retour a Wenxian, puis a Gongyi. Arrivé au College, Brendan et Phill me demandent "qu'est-ce tu fais a soir?". Et s'ensuit la Longue Marche...

mardi 2 juin 2009

Félixxx se fait prendre au piege, réussit a s'échapper

Je l'ai répété de nombreuses fois, pas besoin de revenir la-dessus, quand on est un étranger dans une partie non-cosmopolite de la Chine, on sort du lot. Cette attention accrue et non-méritée est un des aspects majeurs avec lequel les laowai doivent dealer, des qu'ils sortent de leur maison. Certains adorent baigner dans l'attention, d'autres pognent les nerfs des que quelqu'un les regarde... Bon, pour moi, c'est pas mal du cas par cas, et je me dis que ca fait partie de la game, comme qu'on dit. La ou le bât blesse (c'est quoi un esti de bât? quelqu'un peut m'éclairer? ... ma littéraire préférée?), c'est quand quelqu'un de confiance te place intentionnellement dans une situation fort désagréable.

Parenthese de contexte: peut-etre que j'en avais déja glissé une ligne... J'ai chillé a quelques reprises avec un juge de la Cour Populaire de Gongyi et c'est devenu un de mes chums. Il aime bien networker avec les étrangers de Gongyi (ce qui veut dire: les profs de mon college exclusivement), majoritairement pour pratiquer son anglais bien sur, et en plus il est vraiment sympathique et agréable a jaser avec. Y est pas fatiguant comme certains autres Chinois qui veulent etre ton ami juste pour pratiquer. C'est ainsi que j'ai gravi les centaines de marches du Mont Qinglong avec lui de nombreuses fois, en plus de me faire péter au badminton ou alors de me promener en ville avec son char de police.

Du a mon horaire plus chargé cette session et la meme chose de son bord, en gros, je l'ai juste vu deux trois fois depuis l'hiver et chaque fois qu'on s'appelle on se dit le vieux classique "faudrait bin qu'on fasse de quoi hin?" sans jamais passer aux actes.

Mais la, hier vers 18h30, Davey m'envoie un message disant que "the judge" veut que j'aille souper avec. Je saute sur l'occasion, fébrile a l'idée de "catch up" avec Judge Li.

Le char se pointe pour ramasser Davey et moi... il s'adonne que c'est pas Judge Li, mais Judge Hu. Un total étranger, unilingue comme l'autre bonhomme et bonne femme dans son char. Qu'est-ce que je vais crisser la? Je suis un individu parfois un peu abrupt, et alors qu'on est en route, je le demande drette comme ca a Davey. "Qui sont ces gens? Et qu'est-ce que je vais faire la?" Il me dit leurs noms, ce qui m'avance pas, mais ensuite dit "Well, they want to eat with a foreigner." Wow. Il arrete pas de me demander aussi d'appeler mes autres chums blancs et je mens a moitié en disant que j'ai pas tous leurs numéros, qu'ils sont occupés ou qu'ils ont pas de téléphone. La vérité est que y a des gens qui ont d'autre chose a faire de leur vie qu'aller s'assir a table avec un sourire fake et se faire prendre en photo.

On arrive au restaurant, qui est un gigantesque bidule, moitié en roche, moitié serre, que j'avais déja entrevu en chemin vers la riviere Jaune. A ce moment mon humeur est pas si pire, je me dis "what the hell" et je les suis. Personne me dit un mot a part Davey. L'intérieur du restaurant est incroyablement luxe, y a des hotesses en longue robe rouge qui crissent rien a part sourire, des fontaines et des petits ruisseaux avec des grosses roches avec des caracteres chinois gravés dedans. Apres le deux secondes d'émerveillement, je commence a me dire que ca aurait été le fun que quelqu'un me dise qu'on allait au restaurant le plus baller dans lequel j'ai jamais mis les pieds, question que je mette de quoi d'autre qu'un vieux t-shirt vert d'armée, des shorts noirs baggy avec une tache de 热干面 et une casquette de biere Tremblay.

On entre dans la petite cabine en bambou ou notre table est, et on rencontre un autre individu. Il me déplait profondément et ce, instantanément. Il est gros, chauve, et c'est un officiel haut placé de je sais pas trop quoi. Pendant que Davey, Judge Hu et l'autre gars sont partis choisir de la bouffe, il me jase avec son tabarnak d'accent de fond de village, multiplié par des décennies de fumage en chaine. Je comprends fuckall. La fille assise a table retraduit certains passages en chinois un peu plus standard, c'est dire... tout ce que je comprends est qu'il dit que le Canada c'est riche. Je lui dit que la Chine est plus riche, et j'en reste la. Techniquement, les deux on a raison, mais j'aime pas me lancer dans un débat politicoéconomique avec un gros Chinois désagréable qui a comme unique intention de me condescender.

Les autres convives reviennent a table, Judge Hu sort sa caméra, s'accroupit et s'apprete a me prendre en photo. A ce signe, je calle ma biere et je dis que faut que j'aille aux toilettes. Je remercie Satan que personne ait trouvé suspect que je ramasse ma casquette de sur le crochet. Judge Hu me suit, m'indique les toilettes, mais je passe tout droit, trouve le corridor de service et rejoint le hall d'entrée avant de passer les portes tournantes et de calisser mon camp. Sans un beubye.

Et il court...

Il court, le laowai qui aime pas etre le clown de service. Il court, le laowai qui aime pas se faire piéger.

Je rejoins la grande route, je tends mon pouce, et la premiere petite van s'arrete. A l'intérieur, il y a un Haitien, un Brésilien et un Saguenéen NON bien sur, juste trois Chinois éberlués de ma présence sur une route de campagne. Ils vont pas a Gongyi, mais juste jusqu'a la bretelle d'autoroute, ce qui est cool avec moi, tant que je m'éloigne de cet endroit maudit. 5 minutes plus tard, je les remercie cordialement, avant de continuer mon chemin a pied. Je refuse les offres des taxis motos, pas que c'est cher, mais la nuit est belle, un ti jogging me fera du bien et faut que je claire les idées. Le college est pas proche, mais pas loin, faque je vide mes poches de leur contenu et je trotte les 5.6 km (merci Google Maps) jusque chez moi.