jeudi 9 juillet 2009

Félixxx en Chine - the end

Quand vient le temps de parler de mon séjour à Dali, les mots me manquent. Pas à cause d’une trop grande émotion, ou qu’il y ait trop de choses à dire, mais plutôt l’inverse. Après toutes ces dizaines d’heures de transport au travers de la moitié de la Chine, durant lesquelles inconfort était un doux euphémisme, j’avais sérieusement l’intention de relaxer solide.

Et c’est ce que j’ai fait; après avoir rejoint Jonathan (prononcer en angla), un de mes chums de Gongyi qui s’y est installé pour l’été, je me suis pogné une chambre pour 4 nuits dans un sympathique petit guesthouse. Mes deux-trois jours suivants se sont résumés à manger de la pizza et bouffe indienne, boire et relaxer. La vieille ville de Dali est plutôt jolie, située au flanc d’une grosse montagne qui se perdait dans les nuages la majorité du temps (maudite saison des pluies). La place est un gros hit touristique domestique et international, alors dans l’enceinte d’un kilomètre carré environ, on trouve de nombreux petits restaurants, boutiques et bars de tous les styles, du expat bar anglais prétentieux au petit lounge en passant par la tavarne pleine de gros Chinois en bédaine. Il y a évidemment aussi un nombre considérable de blanchâtres, ça faisait changement pas mal.

Un soir, alors que j’étais dans la chambre à Jonathan, j’ai remarqué un petit char en Lego et je me suis rappelé comment mongolement cool c’est. Dans l’état altéré ou on était, on s’est mis à deux pour le transformer de son état de Formule 1 en petit crisse de pick-up chinois à trois roues qui transporte de la junk. On a bien ri, mais le fun faisait juste commencer. Dix minutes plus tard, alors que j’étais à la caisse du supermarché en train de payer pour une grosse boîte de Lego et une bouteille de vin rouge, Jonathan m’a demandé ซ Hey t’avais pas dit qu’avec les mois de voyage sans salaire qui s’en viennent, faut que tu sois sage avec ton argent? ป Pffff. Voir que j’aurais dit quelques chose d’aussi articulé.
Mais là le temps passe; on a un party à aller se saouler la yeule à. On laisse notre camion de pompier et notre camion de construction inachevés pour se diriger chez Moe, un des chums à Jonathan. Moe est d’origine birmane mais vit en Chine depuis neuf ans sur un visa d’étudiant, je sais pas trop comment il fait ça. Il est le gérant/cuisinier du restaurant de l’Université de Dali, en plus d’avoir son petit restaurant au centre-ville, alors quand on arrive à son énorme maison à trois étages située un peu à l’extérieur de la vielle ville, il met la main finale aux plats délicieux qu’il est en train de cuisiner pour le party.

Il y a une vingtaine de convives présents, presque juste des Chinois, mais quelques Indiens aussi. On y reste une couple d’heures à boire quelques Dali (la marque de bière locale) mais la soirée fut bien tranquille.

Le lendemain, j’étais on my own, Jonathan étant ซ en bonne compagnie ป (il score toujours avec les femmes plus âgées). Je me suis trouvé des chums assez rapidement, et sans même avoir à sortir : j’étais dans le bar attaché à mon guesthouse, à écrire avec mon laptop (il pleuvait dewor), quand deux dudes entrent, noddent, et disent ซ Hey, ch’t’aurais pas d’ja vu què’qu’part, toé? ป (en anglais, bon). En effet, une semaine avant, à Kangding (voir l’histoire de la route Tibet-Sichuan), j’avais jasé brièvement avec cet Anglais et cet Espagnol. Ils revenaient de la station d’autobus, ou ils avaient tenté sans succès d’acheter des billets vers une ville à l’ouest, question d’arriver à Dali par le nord, comme mon plan initial le suggérait. La vendeuse de billets leur avait dit qu’il y a pas de bus qui se dirigeaient là, ce qui est de la grosse bullshit vu que je l’ai vu moi-même sur le tableau. Ils s’apprêtaient à renoncer, mais je leur ai dit de retourner et réessayer. Une semaine après à Dali, ils m’ont remercié du conseil en disant qu’effectivement, il y a un bus, mais qui est hors limites aux laowai vu qu’il y a des mouvements d’indépendance tibétains dans ce coin. Ils ont donc pris une tite van. Ils m’ont aussi félicité pour mon intuition de choisir une autre route : la leur était vraiment décrisse et pleine de barrages routiers de construction.

On a bu quelques bières ensemble, mais ils quittaient Dali peu après. J’ai donc continué à boire avec Alban, un solide gaillard avec de longs dreadlocks, et son pote comique Guillaume, les deux étant originaires du nord de la France. Il y avait aussi une Polonaise dont j’ai oublié le nom, et qui parle parfaitement l’anglais, le français et l’espagnol, en plus de gros chunks de plein d’autres langues. Chus jaloux. On a mangé un festin de cuisine traditionnelle Bai (une des minorités locales), discuté de plein d’affaires, et évidemment bu en masse. Rendu à trois heures du matin, on constate que gisement épuisé (mine de rien), ça fait 12 heures qu’on boit, et qu’il est temps d’aller faire dodo.


Le lendemain, à 9 heures, les yeux légèrement dans l’beurre, on se rend tous à une location de vélos, question d’aller explorer les environs malgré la pluie qui tombe toujours. On pédale longuement, au travers de rizières, petites forêts et villages pittoresques. Même si la pluie rendait le tout un peu chiant au début, ce fut une bien belle journée. La province de Yunnan a des vraiment superbes paysages et un éventail de cultures, je comprends pourquoi tant de gens disent que c’est la plus belle du pays.

Le soir même, on est tous partis pour Kunming, la grosse ville du coin, par un autobus de nuit. Je pognais vraiment vraiment pas pourquoi l’aller quatre jours auparavant avait pris quatre heures, alors que là ça en prenait neuf. Mais bon, c’était un autobus avec des lits, le premier que je prenais de toute ma vie, alors on a tous pu dormir comme des anges tout le long.

J’ai pas vraiment rien fait à Kunming… j’ai passé faire un tour aux consulats thai et lao, marché pas mal, mangé et bu du vin dans un parc avec mes nouveaux potes. En fin d’après-midi, cependant, j’avais un rendez-vous que j’anticipais depuis pas mal longtemps : durant ma dernière année d’Université, j’ai fait un projet de recherche dans un laboratoire de chimie inorganique ou travaillait, entre autres, une chercheuse post-doctorale chinoise nommée Lin Hua, de passage à Ottawa pour un an. Hé bien il s’adonne que j’ai gardé son e-mail, alors peu avant mon passage dans sa ville de résidence je lui ai lâché un message et qu’elle m’a invité à souper. Avec son mari et une de ses collègues de l’Université des sciences et technologie de Kunming, une physicienne, on est allé dans un restaurant plutôt haut de gamme manger un festin. Lin Hua était bien surprise de m’entendre jaser en chinois, faut dire que la dernière fois qu’elle m’avait vu, j’en parlais pas un maudit mot. Ça m’était jamais venu à l’esprit.

Après ces relativement courtes, mais sympathiques retrouvailles, il était temps que je prenne la route encore une fois. J’ai passé ma deuxième nuit de suite dans un autobus à lits, direction le sud de la province. Cette région s’appelle le Xishuangbanna et ressemble comme deux gouttes d’eau à la Thaïlande. Palmiers, temples bouddhistes dorés, bouffe, gens brunâtres… ça paraît qu’on est juste à côté. Je prends un autre bus vers la ville de Mengla (la grosse conne de la station d’autobus m’a initialement donné un billet direction Menglun, une chance que j’ai vérifié les caractères avec le dictionnaire Français-Chinois de Francis), et à ma surprise, le bus continue jusqu’au Laos, mais comme un cave, j’ai pas pensé à changer le reste de mes CNY, qui ont notoirement un taux d’échange à l’extérieur de la Chine qui s’apparente à un viol de groupe. Bien qu’un vieux bonhomme pas louche du tout me propose de m’amener à la banque avec son vélo à trois roues sur le champ, je décide d’attendre au lendemain et de profiter encore un peu de mon séjour en terre chinoise.

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