samedi 11 avril 2009

Une scene typique...

Quand tu passes une bonne partie de ton temps a enseigner, c'est pas quelque chose dont t'as envie de parler. Mais des fois, c'est juste trop. Voici une scene typique a laquelle j'ai assisté en classe il y a peu de temps:

Puisque les livres fournis par l'école... hmmm comment dirais-je ca poliment... valent pas d'la grosse marde, le niveau d'inclusion de ces dits-livres dans les plans de cours varie entre "jamais" et "pas du tout". La majorité des profs laowai utilisent donc leur propre matériel pédagogique home made, ce a quoi la direction de l'école ne s'oppose aucunement, étant donné l'extreme bas niveau de supervision de leur staff.

Faque anyway... j'ai une couple de dialogues montés de toutes pieces, et je les utilise massivement en classe afin de montrer des nouveaux mots de vocabulaire informel. L'un d'eux est "take up", ce qui signifie en gros (pour les non-bilingues) "commencer a prendre part a une activité". Dans le dialogue, c'est écrit "爸 has taken up tennis and now plays three times a week with Mr. Sanchez from across the street." Quand on a écrit le dialogue, Brendan et moi, on trouvait pas mal drole qu'un Mr. Sanchez habite a Chengdu dans la province de Sichuan, mais aucun des étudiants a l'air de catcher la joke.

Je m'éloigne... apres avoir expliqué la signification du mot, habituellement je demande une couple d'exemples. Puisque celui-la est tricky un peu, j'enligne l'étudiant de cette facon:

"You! Iverson! When did you start learning English?"
"Euhhh... nigga... in Middle School."
"Good. Can you build a sentence with "take up"?"
"Hmmm... I have took up English in Middle School."
"Took up?"
"Oh! Euhhh... nigga... I have taken up English in Middle School."
"Very good!"

C'est habituellement ca, avec des degrés un peu différents de succes. Mais un jour:

"You! When did you start learning English?"
"Sha?"
"When did you start learning English?"
(detourne son regard vers sa voisine. esti que j'ai le gout de leur poser des oeillieres des fois)
"I ask you: When did you start learning English?"
"Scheiβe? Ting bu dong."
(en essayant de pas etre super condescendant) "When... did... you... start... learning... English?"
(sa voisine chuchote la phrase traduite en chinois. mon chinois est rendu suffisant pour savoir qu'elle se trompe pas. c'est quasiment triste de savoir que je comprends mieux le chinois que certains de mes ploucs comprennent l'anglais)
"Ah... nigga... nigga... shi nian"
(elle vient tu de me répondre en chinois elle-la?) "In English please!"
"Ah... nigga... nigga... nigga... tè-neuh"
"Ten? Ten years?"
"Dui!"

Apres l'effort astronomique que ca a été de lui faire sortir un seul mot anglais (le nombre 10), prononcé bouetteusement, j'ai renoncé a essayé de lui faire batir une phrase. Ca aurait pris des années! J'ai demandé a un autre étudiant(e).

En Chine, l'anglais est matiere obligatoire a partir du Middle School, et ce, depuis 2001 si je me trompe pas. Rendus au College, ils ont donc 6-7 ans d'anglais derriere eux, et doivent meme passer un test écrit qui est pas super facile. Certains (comme la fille en question) commencent meme a l'école primaire. Il serait donc logique d'imaginer qu'ils soient... genre... bons? Ou fonctionnels, a la limite? HEEEEEEEEEEEEEEEIIIIIN (bruit de buzzer de jeu télévisé). Loin de moi l'idée super condescendante de juger l'intelligence d'un individu avec son niveau de compréhension de la langue anglaise (ca a l'air plutot évident, mais croyez-moé, ca se fait), mais apprendre un langage aussi longtemps et pas etre capable d'enligner UN seul mot c'est pas juste s'en calisser royalement, c'est etre cave aussi.

C'est juste a ce moment, dans ma réflexion que j'ai remarqué le sérieux de la situation.

Cette fille apprend l'anglais depuis 10 ans. Moi, étant un produit du systeme d'éducation publique québécois, j'apprends l'anglais depuis... 13 ans. En quatrieme année. Man, quand j'avais neuf ans, pour moi le derriere de la boite de céréales était un territoire étranger! Comment ca qu'a l'age de vingt ans j'étais capable de dire "ten years" pis pas elle?

Bon, il y a au moins 5 facteurs auxquels je peux penser a l'instant meme, et vous pouvez en imaginer d'autres, je suis sur. Je veux juste montrer une facade de ce que j'affronte les lundis et mardis (jours durant lesquels mes classes soft sont éffouairées).

1 commentaire:

Chloé a dit…

Salut Félix!

C'est vrai que ne pas être en mesure de dire le chiffre 10 en anglais alors qu'on apprend cette langue à l'école depuis 10 ans, justement, c'est plutôt pathétique. Dans nos classes de littérature, au collégial (tu te souviens des cégeps, ces institutions d'enseignement propres au Québec?), c'est pareil : les étudiants ne sont vraiment pas tous au même niveau. Certains sont parfaitement incapables de saisir le second degré d'un texte. Et je ne parle pas d'un second degré sémiologique, heuristique ou même psychanalytique, je parle d'un second degré particulièrement simple. Un exemple : l'autre jour, je demandais à mes étudiants de relever les principaux paradoxes d'un personnage (un homoncule surnaturel qui exerce la fonction d'ange gardien tout en étant soumis à la condition humaine), à partir d'extraits du texte que j'avais moi-même préalablement ciblés. Et bien quelques unes de mes étudiantes, au lieu de constater l'évidence (c'est-à-dire que le personnage est à la fois omniscient et ignorant), ont juste été foutues de me répondre que parfois le personnage est bien habillé, mais qu'à d'autres moments, il ne l'est pas. C'est décourageant, parfois, l'enseignement...